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Saïd Benjelloun
Calligraphie • Poésie • Traduction

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2 novembre 2020 Année 2020

Reconfinement jour 4 (lundi 2 novembre 2020) — Saadallah Wannous

Reconfinement jour 4 (lundi 2 novembre 2020)

Une rencontre, un écrit …

A Paris, 1973
Saadallah Wannous
Syrie
1941-1997


13 septembre 1973, manifestation monstre à Paris contre le coup d’état militaire de Pinochet.
Nous étions tous aux fenêtres du foyer de la Motte-Piquet, près de l’Ecole Militaire dans le 7e arrondissement. La manifestation avait commencé depuis plus de trois heures et on n’en voyait toujours pas la fin. Saaddallah était aussi à sa fenêtre, dans la chambre qui jouxtait la notre. Il était à Paris pour la publication de la version espagnole de sa pièce سهرة مع أبي خليل القباني , Veillée avec Abi Khalil Al-Qabbani. La France attendra longtemps avant de le traduire et de le jouer à la Comédie Française
Nous nous voyions souvent entre la salle de télé aux soirées dansantes mémorables et la cuisine où nous dégustions des plats de nombreux pays.
Après notre départ de Paris, nous nous sommes perdus de vue et j’appris tardivement son décès alors qu’il n’avait que 56 ans et après cinq ans de lutte contre le cancer.
Saadallah Wannous est considéré aujourd’hui comme le plus grand dramaturge arabe.”La vie toujours”, publiée en 2004, est une de ses premières pièces. Saadallah l’avait reprise quelques mois avant sa mort pour en modifier le dénouement et en faire une sorte de testament.
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  • *Rituel pour une métamorphose, Sindbad Actes Sud-Papiers, 1996),*Mise en scène par Sulayman Al-Bassam. Comédie Française du 18 mai au 11 juillet 2013.

(La jeune fille s’assit seule, adossée à un énorme tronc d’arbre. Elle croque un fruit sauvage et se tâte le ventre d’une main molle et l’ombre d’un sourire)
La jeune fille: (chuchotant) ô mon enfant chéri, la stupeur et la solitude qui t’attend dans ce monde! Bien sûr que ce n’est pas le lieu idéal pour t’accueillir. Un lieu mythique et sauvage. très sauvage , mon enfant ! Autour de nous tout est confus et effrayant. Et cette confusion donne des frissons et affole le coeur. Tu me demandes si on ne s’est pas encore habitué. Nous ne faisons que nous habituer. Et le moindre souvenir, mon enfant, le moindre mot fait sauter le bouchon. Et alors c’est un flot d’incertitude de plus en plus dense et profond. Ne soit pas étonné, mon enfant . . Oui, je fait semblant devant ton père. C’est ainsi que nous apprenons le courage. Nous l’apprenons comme nous t’apprendrons l’alphabet, lettre par lettre. Le coeur s’apaise un peu. Mais chacun de nous continue à porter en lui une plaie purulente. Et dans notre solitude nous ne pouvons éviter l’angoisse de la peur et de la tristesse. Quand je le retrouve, nous ne laissons rien transparaître. Au contraire chacun de nous essaie de bien tenir le rôle du courageux. Nous n’y arrivons pas toujours mais sans ce jeu nous perdrions notre détermination. Tu seras notre nouveau sang et nous partagerons sans désespoir le dur labeur de demain. Et nous continuerons, ton père et moi, à porter dans le silence de la mémoire cette plaie purulente. Tes yeux n’auront pas joui des fascinantes splendeurs d’un monde qui s’est anéanti (elle éclate en sanglots) un monde . . oh . . L’imagination humaine est impuissant et futile malgré ce qu’on a pu dire de ses larges horizons. J’ai du mal à croire que cela est bien arrivé. Les mois se sont succédés, te voilà dans mon ventre . . et je suis toujours incapable de réaliser. Qui sait, mon petit . . Peut-être que cette incapacité est une qualité, mais cela n’a sans doute rien à voir avec le courage.
Saadallah Wannous, La vie toujours,
Dar Al-Adab, Beyrouth, 2004

تجلس الفتاة وحيدة مستندة إلى جدع شجرة ضخمة. إنّها)
تقضم ثمرة برِّيَّة، وتتحسّس بطنها بحركة رخيّة وابتسامة خفيّة) الفتاة : (هامسة) آه يا طفلي الحبيب ! أيّة دهشة، وأيّة وحشة تنتظرك في هذا العالم ! بالطبع ليس هذا هو المكان المناسب لاستقبالك. مكان خرافيّ وموحش. آه ما أشدّ وحشته يا بنيّ ! وكل شيء حولنا غامض ومخيف. وهذا الغموض يثير القشعريرة، ويروّع القلب. تسألني إذا كنّا لم نعتد، إنّنا تجربة اعتياد. ولكن ذكرى صغيرة يا طفلي، أوكلمة عابرة، تفجّر القشرة، فتندفع سيول الحيرة أشدّ كثافة وأشدّ عمقا. ورغم كلّ تظاهري.. لا تستغرب يا ولدي.. نعم إنّني أتظاهر أمام والدك، ذلك أنّنا نتعلّم الشجاعة. إنّا نتعلّمها كما سنعلّمك الأبجديّة حرفا حرفا. لقد سلا القلب قليلاً. ولكن ما زال كلّ منّا يحمل دملاً من القيح في داخله. وفي وحدتنا لا نستطيع أن نتجنّب الوساوس، والخيالات المغمّسة بالخوف والحزن. عندما ألتقي والدك، لا نبدي شيئاً، بل يحاول كلّ منّا أن يمثّل دور الشجاع بإتقان. ولا ننجح دائماً.. غير أنّنا سنفقد تصميمنا دون هذا التمثيل. ستكون دمنا الجديد وسنشترك من دون يأس في اقتسام عمل الغد الشاقّ. وسنظلّ نحمل أنا ووالدك في صمت الذاكرة دمل القيح المتكيّس. تهدّم عالم لم تشهد عيناك روعته الأخّاذة (تغصّ بالبكاء) عالم . . آه . . إنّ الخيال الإنساني قاصر وتافه رغم ما يقال عن اتّساع آفاقه. إنّي لا أستطيع أن أتصوّر أنّ ذلك حقيقيّ. مرّت شهور تلتها شهور، وتكوّنت في بطني . . ومع هذا ما زلت عاجزة عن التصوّر. ومن يدري يا صغيري . . قد يكون العجز عن التصـوّر ميـزة، ولكن هـذا يختلـف عن الشجــاعة مـن دون شكّ. سعد الله نّوس،الحياة أبداً، دار الآداب، بيروت ٢٠٠٤