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Saïd Benjelloun
Calligraphie • Poésie • Traduction

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13 novembre 2020 Année 2020

Reconfinement jour 15 (vendredi 13 novembre 2020) — Naguib Mahfouz

Reconfinement jour 15 (vendredi 13 novembre 2020)

Une rencontre, un écrit ..

Au Caire, mars 1996
Naguib Mahfouz
Egypte
1911-2006


Lors de mon voyage en Egypte en mars 1992, avec quelques collègues enseignants d’arabe, nous avons rendu visite au romancier égyptien Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature en 1988. Il avait l’habitude de retrouver tous le vendredi après-midi, sur une péniche sur le Nil, une poignée d’amis, écrivains, journalistes ou politiques, pour prendre le café (il tenait à payer lui-même son café) et échanger. Il nous accueillit chaleureusement et nous invita à nous joindre au groupe. La séance commença par la lecture de quelques articles de journaux, sa vue très basse ne lui permettant plus de lire. Suivirent des échanges, par moment animés mais très cordiaux. Tout y passait, littérature, politique, société, international, etc. A la fin Mahfouz dicta un bref article à un ami journaliste.
En octobre 1994, il survivra miraculeusement à une tentative d’assassinat extrémiste suite à la publication de son roman Awlâd hâratinâ***,** أولاد حارتنا, Les fils de la médina, considéré comme blasphématoire et interdit par l’université islamique d’Al-Azhar dès sa parution dès 1959 sous forme de feuilletons quotidiens dans le journal Al-Ahram.
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Naguib Mahfouz, Les fils de la médina, traduit par Jean-Patrick Guillaume, Actes Sud, 2003.

J’ai écrit un grand nombre de mes œuvres sous le coup d’une histoire d’amour; soit qu’elle fût en cours, soit, le plus souvent qu’elle ait déjà pris fin. Je crois que l’écrivain donne le meilleur de lui-même lorsqu’il est amoureux, même si des obstacles sur la route qui conduit à sa bien-aimée, voire l’en détournent. Ecrire sur une expérience amoureuse achevée en révèle toutes les dimensions, et permet de se détacher de tout parti-pris; c’est l’occasion d’aborder une œuvre nouvelle.
C’est vrai,j’ai évoqué dans mes œuvres beaucoup de déviances et de perversions. Certains s’en offusquent, mais ils ignorent que la réalité est plus terrible encore . Et mes romans n’en sont, à mon sens, qu’une expression pudique. Les statistiques révèlent des vérités effrayantes, bien plus que le petit nombre de cas qu’il m’a été donné de rencontrer, qui ne donnent- eux- qu’une vision approximative.
Un officier de la police des mœurs, que je connaissais par son frère, distributeur de cinéma, me racontait les scènes terribles dont il était le témoin forcé. Celles-ci le plongeaient dans un profond malaise. Il existe au sein de notre société des relations souterraines redoutables, pourquoi les occulter? Les cas de débauche résultent pour la plupart de la misère, la majorité des femmes dévoyées le sont sous l’effet de circonstances insurmontables. La vie de ces femmes est haïssable, aucune d’entre elles - à moins d’être réellement atteinte d’une d’une extrême perversité - ne peut rechercher une telle vie. Généralement, l’homme est à l’origine de ces situations. Ainsi en montrant dans Le nouveau Caire une femme dévoyée aux côtés du ministre, j’ai voulu souligner la responsabilité de ce dernier.
Les femmes des faubourgs populaires, je les ai côtoyées directement, car nous vivions dans le même quartier. A Gamaliyya, il me suffisait de sortir sur le pas de la porte pour les voir. Elles venaient offrir leurs services à ma mère. Il y avait une vendeuse de volaille, une diseuse de bonne aventure, des marieuses. Certaines de ces femmes continuèrent à nous rendre visite après notre déménagement. A Abbasiyya, j’écoutais leur conversation avec ma mère, attentif aux nouvelles qu’elles lui colportaient habilement; beaucoup de d’entre elles se sont retrouvées par la suite dans mes romans.
Gamal Ghitany, Mahfouz par Mahfouz,* entretiens, traduit de l’arabe par Khaled Osman, Editions Sindbad, Paris, 1991*

. كتبت الكثير من أعمالي تحت تأثير حالة حب، ليس من الضروري وأنا أعيش التجربة، لكن بعد مرورها، وأعتقد أن الأديب يبدع أفضل ما عنده وهو يحب، ولما كان حب المرأة غير متاح دائماً، فقد كان حب أي شيء محل حب المرأة، إن التعبير عن تجربة حب بعد الانتهاء منها يظهر كل أبعادها ويبرئها من التحيز، ويساعد على خلق عمل جديد
نعم، عبرت في قصصي عن كثير من المنحرفات، البعض يستبشع هذا، لكن ما هو موجود في الواقع أفظع بكثير، أعتبر رواياتي حشمة بالنسبة للواقع، أعرف عن الواقع الاحصائي حقائق مخيفة، ما عرفته بالمشاهدة بسيط لأنه لا يؤدي إلى الحقيقة بالضبط، في أحد الأيام تعرفت ألى ضابط بوليس بمكتب حماية الآداب، كان شقيقه موزع أفلام، جاء إليّ في ريش، وبدأ يحكي عمّا يشاهده، أشياء فظيعة، الحياة الاجتماعية التحتية مرعبة، لماذا نتجاهلها، إن سبب معظم حالات الانحراف الحاجة، معظمهن انحرفن نتيجة ظروف ساحقة، أن حياة الانحراف كريهة، إن لم تكن المرأة مصابة بانحراف في عقلها فأنها لا ترضى بهذه الحياة، إن الرجال مسؤولون في معظم الأحيان عن انحراف المرأة، إن المنحرفة فيالقاهرة الجديدة عندما تضعها بجانب المسؤول الكبير، الوزير، فإن المسؤولية تقع على عاتق الوزير
عرفت النساء في الأحياء الشعبية من المعايشة المباشرة، يكفي جلوسي أمام بيتنا في الجمالية، كن يجئن إلى أمي، احداهن تبيع الفراخ، أخرى تكشف البخت، دلالات، منهن نساء واظبن على زيارتنا في العباسية، كنت أصغى إليهن في أحاديثهن مع الوالدة، وهن يروين لها الأخبار، وعرفت نماذج عديدة منهن في رواياتي فيما بعد
جمال الغيطاني، نجيب محفوظ يتذكر، دار المسيرة، بيروت، ١٩٨٠