س
Saïd Benjelloun
Calligraphie • Poésie • Traduction

Rechercher dans l'œuvre & les expositions

Saisissez un mot-clé pour parcourir les poèmes, calligraphies, expositions et publications.

24 novembre 2020 Année 2020

Reconfinement jour 26 (mardi 24 novembre 2020) — Fatima Mernissi

Reconfinement jour 26 (mardi 24 novembre 2020)

Une rencontre, un écrit ..

Rabat 1982
Fatima Mernissi
Maroc
1940-2015


C’est Leïla Shahid, alors responsable des éditions SMER à Rabat qui nous avait mis en contact. Fatima Mernissi avait enregistré des d’interviews de femmes en arabe marocain et cherchait à les transcrire et à les traduire en français. Ce fut une belle rencontre et une riche collaboration qui aboutit à la publication de son ouvrageLe Maroc raconté par ses femmes*.
Universitaire, sociologue et féministe marocaine, Fatima Mernissi a enseigné la sociologie à l’université Mohamed V à Rabat et publié plusieurs ouvrages dont :

  • Beyong the veil : male-female dynamics in modern Muslim society, Cambridge, 1975
  • Sexe, idéologie, islam*, Editions Maghrébines,1985*
    *-*Le harem politique : le Prophète et les femmes, Albin Michel / Le Fennec, 1987
  • Sultanes oubliées : femmes chefs d’état en islam, Albin Michel, 1990
  • Dreams of Trespass : Tales of a Harem Girlhood, PBG, 1994, Rêves de femmes : une enfance au harem*, Albin Michel, 1996*
    ـــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــ
    *Fatima Mernissi,*Le Maroc raconté par ses femmes, Ed. SMER, Rabat, 1986

Une part importante de mon éducation a donc été consacrée à l’apprentissage de la concentration, mais je n’ai commencé à m’y intéresser que le jour où Chama m’a appris qu’en me concentrant, je pouvais transmettre des images aux gens qui m’entouraient. Cette idée magique me rappela que j’avais souvent entendu Chama, tante Habiba ou ma mère parler d’inciter toutes les femmes de la cour à se laisser pousser des ailes. Tante Habiba prétendait que tout le monde peut avoir des ailes. C’est une question de concentration. Les ailes ne sont pas nécessairement visibles, comme celles des oiseaux. Des ailes invisibles font tout aussi bien l’affaire, et plus tôt on apprend à se concentrer, mieux ça vaut. Mais quand je l’ai pressée à s’expliquer, elle s’est énervée et m’a prévenue que certaines choses merveilleuses ne peuvent pas s’enseigner. “Tu n’as qu’à rester vigilante pour capter le crissement soyeux du rêve ailé”, a-t-elle dit. Elle m’a pourtant précisé qu’il y avait deux conditions indispensables pour avoir des ailes: “La première est de se sentir encerclée, et la seconde que tu peux briser le cercle.”Après un bref silence gêné, tante Habiba a ajouté, sans cesser de tripoter nerveusement sa coiffure, signe certain qu’elle était sur le point de me lancer une vérité désagréable :“La troisième condition, en ce qui te concerne, ma petite, est d’arrêter de bombarder les gens de questions. L’observation est une bonne manière d’apprendre, tu sais. Si tu écoutes, bouche cousue, l’œil vigilent, l’oreille aux aguets, tu découvriras bien mieux la magie de la vie qu’en rôdant sur cette terrasse à espionner Vénus ou à guetter la nouvelle lune!” Ces mots déclenchèrent en moi une inquiétude mêlée d’orgueil.
Fatima Mernissi, Rêves de femmes , une enfance au harem, trad. C. Richetin, Albin Michel, Paris 1996.

Cinq années après sa mort, les trois chaires Fatima Mernissi de Mexico (Universidad Nacional Autonoma de Mexico), Bruxelles (Vrije Universiteit Brussels) et Rabat (Université Mohamed V et HEM) organisent le lundi 30 novembre à 20hune conférence en ligne sur Microsoft Teams sous le thème : “**Repenser le décolonial”Pour s’inscrire:[https://bit.ly/38ZSGzw](https://bit.ly/38ZSGzw)