Reconfinement jour 35 (jeudi 3 décembre 2020) — Amin Maalouf
Reconfinement jour 35 (jeudi 3 décembre 2020)
Une rencontre, un écrit ..

Toulouse, 2015
Amin Maalouf
Liban
1949-
A propos d’accent…
J’ai rencontré Amin Maalouf à la librairie La Renaissance de Toulouse le 26 juin 2015 dans le cadre du Marathon des mots, pour présenter son romanLes désorientés*, paru chez Grasset en 2012.*
Amin Maalouf est né au Liban puis passe une partie de enfance en Egypte, patrie d’adoption de son grand-père paternel. Il étudie l’économie et la sociologie à l’Université Saint Joseph à Beyrouth. Il devient journaliste au quotidien An-Nahar mais le guerre civile qui éclate au Liban en 1975 l’oblige à s’installer en France. Il retrouve un emploi de journaliste à Jeune Afrique dont il devient le rédacteur en chef.
En 1981, il publie chez Lattès son premier essai, les Croisades vues par les Arabes .
A partir de 1984, il se consacre à l’écriture
En 1986, il rencontre son premier succès avecLéon l’Africain, prix Paul-Flat de l’Académie Francaise, 1987.
Il reçoit le prix Goncourt en 1993 pour le rocher de Tanios,qui a pour décor les montagnes libanaises de son enfance.
En 1996, il publie dans Les échelles du Levant dans lequel il parle pour la première fois de la guerre du Liban.
En 1998, il obtient le prix de l’essai européen pourLes identités meurtrières.
Il a été élu le 23 juin 2011 à l’Académie Francaise au fauteuil 29, succédant à Claude Lévi-Strauss.
En 2016, il publieUn fauteuil sur la Seine,Grasset
En 2919, Le naufrage des civilisations, et en 2020, toujours chez Grasset, Nos frères inattendus.
Mesdames et messieurs de l’Académie,
Il y a vingt-cinq ans, je suis entré sous cette Coupole pour la première fois. Je venais de publier un roman, vous m’aviez décerné un prix et invité, comme d’autres lauréats, à la séance publique annuelle.
Elle était présidée par Claude Lévi-Strauss. En tant qu’étudiant en sociologie, à Beyrouth dans les années soixante, j’avais lu Du miel aux cendres, soigneusement annoté La Pensée sauvage, et participé à des débats autour deRace et Histoire. Votre confrère était pour moi, comme pour toute ma génération, un auteur emblématique ; et à l’entendre mentionner mon nom, puis le titre de mon roman, j’étais sur un nuage. Je n’attendais pas grand-chose de plus. Et certainement pas de me retrouver un jour au milieu de vous, pour prononcer son éloge, dans cette solennité, en faisant résonner mon accent.
Après les roulements de tambours, les roulements de langue !
Cet accent, vous ne l’entendez pas souvent dans cette enceinte. Ou, pour être précis, vous ne l’entendez plus. Car, vous le savez, ce léger roulement qui, dans la France d’aujourd’hui, tend à disparaître a longtemps été la norme. N’est-ce pas ainsi que s’exprimaient La Bruyère, Racine et Richelieu, Louis XIII et Louis XIV, Mazarin bien sûr, et avant eux, avant l’Académie, Rabelais, Ronsard et Rutebeuf ? Ce roulement ne vous vient donc pas du Liban, il vous en revient. Mes ancêtres ne l’ont pas inventé, ils l’ont seulement conservé, pour l’avoir entendu de la bouche de vos ancêtres, et quelquefois aussi sur la langue de vos prédécesseurs. Qui furent nombreux à nous rendre visite - Volney, Lamartine ou Barrès ; nombreux à consacrer des livres à nos châtelaines, à nos belles étendues sous les cèdres.
Début du discours de réception d’Amin Maalouf à l’Académie Française le 14 juin 2012
Amin Maalouf, Discours de réception à l’Académie Francaise et réponse de Jean Claude Rufin*, Grasset, Paris 2014*