Reconfinement jour 42 (jeudi 10 décembre 2020) — Sonallah Ibrahim
Reconfinement jour 42 (jeudi 10 décembre 2020)
Une rencontre, un écrit ..

Toulouse, 2009
Sonallah Ibrahim
Égypte
1937-
Librairie La Renaissance, Marathon des Mots, Toulouse 2009
Dans les années 1950, il interrompt ses études de droit pour se consacrer à la lutte politique au sein du parti communiste égyptien. Arrêté en 1959 avec quelques centaines d’autres militants, il ne sera libéré qu’en avril 1964. Il étudie ensuite le cinéma et le journalisme à Berlin-Est et à Moscou, puis travaille dans l’édition et pour divers journaux. Son premier roman, Cette odeur-là, a été censuré lors de sa première parution en 1966, mais l’impose d’emblée au sein de la nouvelle avant-garde des années 1960. Depuis, il a publié près d’une dizaine de romans, des traductions de l’allemand (notamment des frères Grimm) et des livres pour la jeunesse.
Parmi ses nombreux romans :
Le Comité, roman traduit de l’arabe par Yves Gonzalez-Quijano, Actes Sud, 1992
- Les années de Zeth, roman traduit par Richard Jacquemond, Actes Sud, 1993
- Charaf ou l’honneur, roman traduit par Richard Jacquemond, Actes Sud, 1999
- Warda, roman traduit par Richard Jacquemond, Actes Sud, 2002
- Amrikanly, roman traduit par Richard Jacquemond, Actes Sud, 2005
- Le petit voyeur, roman traduit par Richard Jacquemond, Actes Sud, 2008
- Le gel, roman traduit par Richard Jacquemond, Actes Sud, 2015
Lorsque j’ai écrit Une certaine odeur, je venais de sortir de prison. Soumis au contrôle judiciaire, je devais être chez moi du coucher au lever du soleil, et je passais mes journées à me familiariser avec un monde dont j’avais été tenu éloigné plus de cinq années. Sitôt rentré dans ma chambre, je ressentais le besoin de consigner, par petites touches rapides, tout ce que j’avais vu ou vécu et qui m’avait frappé, surpris, ou choqué. (…)
Il y avait une force cachée dans ce style télégraphique, sans états d’âmes, insoucieux du choix des synonymes, de la justesse de la langue, indifférent à la laideur qui offusque les âmes sensibles. (…) Pourquoi faudrait-il, quand on écrit, ne parler que de la beauté des fleurs et de la douceur de leur parfum, quand les rues sont emplies d’excréments, que les égouts débordent, que tout le mode sent leur odeur puante et s’en plaint ? Ou dessiner des êtres aux organes génitaux quasi-absents pour ne pas troubler la fausse pudeur de lecteurs qui en savent bien plus que sur les choses du sexe que le distingué auteur ? (…)
En relisant ces notes, je sentis que j’avais là la matière première d’une oeuvre d’art que je n’avais plus qu’à mettre en forme et polir. Je tenais enfin ma voix propre. (…)
Je décidai de conserver le style saccadé de mes notes, que je réorganisai de manière appropriée, et, par des notes que je réunis à la fin du texte, j’éclaircis certains aspects du roman, que j’appelai al-Râ’iha al-natina fî anfî(“L’odeur puante dans mon nez”). Youssef Idris, que je connaissais depuis une dizaine d’années, me fit remarquer que les notes constituaient , selon lui, une innovation trop radicale, et me convainquit de les insérer dans le corps du texte. Il critiqua aussi mon titre; dans le cabinet de psychiatre qu’il venait d’ouvrir inopinément place de Guiza, nous arrivâmes ensemble à Tilka r-râ’iha(“Cette odeur-là”) et il m’offrit d’écrire la préface.
Sonallah Ibrahim, Cette odeur-là, traduit par Richard Jacquemond, Actes Sud, 1992
كنت ــ عندما كتبت ” تلك الرائحة” ــ خارجا لتوي من السجن
خاضعا للرقابة القضائية التي تستلزم التواجد في المنزل من غروب الشمس حتى شروقها. وكنت أقضي بقية اليوم في التعرف على عالم ابتعدت عنه أكثر من خمس سنوات. وما أن آوي إلى حجرتي، حتى أجد نفسي مدفوعا لأن أسجل بلمسات سريعة ما مر بي من أحداث ومشاهدات كانت تهزني بعنف وتبدو لي عجائبية. (…) كان ثمة تيار خفي في ذلك الأسلوب التلفرافي لا يتوقف ليتمعن ولا يعني بانتقاء المترادفات أو سلامة اللغة … أومداراة القبح الذي يصدم النفوس الحساسة. (…) ولماذا يتعين علينا عندما نكتب ألا نتحدث إلا عن جمال الزهور وروعة عبقها، بينما الخراء يملأ الشوارع ومياه الصرف الملوثة تغطي الأرض، والجميع يشمون الرائحة النتنة ويتشكون منها ؟
أو أن نصور على الورق كائنات أوشكت أن تختفي فتحاتها التناسلية، كي لا نخدش حياء كاذبا لدى قراء يعرفون عن أمور الجنس أكثر مما يعرف السيد
الكاتب ؟
قررت أن أحافظ على النفس اللاهث الذي ميز اليوميات، بعد أن رتبت محتوياتها بطريقة خاصة، وأضأت بعض جوانبها بهوامش مستفيضة جمعتها في نهاية النص. وأطلقت على النص اسم ” الرائحة النتنة في أنفي” و كان الدكتور يوسف إدريس ــ الذي تربطني به علاقة قديمة منذ الخمسينات ــ هو الذي اعترض علكرة الهوامش، واعتبرها مغالاة في التجديد. وأقنعني بنقلها إلى داخل النص. كما اعترض على العنوان الذي اخترته للرواية. وفي العيادة التي افتتحها فجأة في ميدان الجيزة لممارسة العلاج النفسي، توصلنا معا إلى اسم “تلك الرائحة” . وكان كريما معي في
المقدمة
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صنع الله ابراهيم، تلك الرائحة، دار قرطبة، الدار البيضاء، ١٩٨٦
