Reconfinement jour 57 (vendredi 25 décembre 2020) — Rosa Yassin Hassan
Reconfinement jour 57 (vendredi 25 décembre 2020)
Une rencontre, un écrit ..

Toulouse, 2015
Rosa Yassin Hassan
Syrie1974-
Actes Sud,Marathon des mots, Toulouse, 2015.
Rosa Yassin Hassan est une romancière syrienne. Après des études d’architecture, elle devient journaliste. Elle a animé une association féministe « Des femmes pour la démocratie ». En 2012, elle obtient l’asile politique en Allemagne à cause de son soutien à la révolution de 2011.
Publications
- سماء ملوثة بالضوء، دمشق، ٢٠٠٠
- أبنوس، دمشق، ٢٠٠٤
- نيغاتيف : من ذاكرة المعتقلات السياسيات، رواية توثيقية،دمشق ٢٠٠٨
- حراس الهواء، دمشق، ٢٠٠٩
- بروفا، روايةبيروت، ٢٠١١
Les Gardiens de l’air, traduit de l’arabe par Emmanuel Varlet, 2014.



Extraits d’une lettre :
… Ici, le temps qui passe est comme un lourd nuage, un brouillard dense et sombre qui m’enveloppe, et auquel je ne peux échapper. A l’extérieur, le temps agit sur les choses, les modifie, leur impose sa dynamique. Ici, il s’est arrêté. Je suis hors du monde, sans aucune prise sur les choses, dans un temps suspendu, statique, comme si j’avais été pétrifié et envoyé dans une capsule spatiale. Pourtant je paie mon tribut au temps; mes cheveux sont devenus blancs, et je sens bien que mes quarante-deux ans pèsent sur mon corps. Sur mon âme aussi. De ce point de vue, les années filent, comme à l’extérieur, comme pour toi, mais leurs effets se manifestent avec une grande cruauté.
Certains, ici, comptent les jours et les mois, ils font des croix dans leur calendrier, en refusant tout bonnement de considérer le temps qu’ils ont passé ici comme faisant partie de leur vie. Ils refusent de coexister avec ce temps qui leur est imposé, du fait de leur condition de détenus. Peut-être s’agit-il d’une forme de résistance… Pour ma part, j’estime qu’il faut accepter de regarder ces années comme siennes. J’essaie de voir ce temps que je passe au fond de ma prison comme un espace propice pour recomposer ma propre histoire. Je m’efforce de créer un mouvement dans ma vie immobile de détenu. Cela peut passer par la lecture, l’écriture, l’apprentissage de langues étrangères . . par le rêve aussi. Les rêves me permettent de combler le vide de mon âme, en particulier lorsqu’ils concernent la vie que je voudrais construire dans le futur, un futur qui te ressemblerait, qui serait rose et tendre comme toi.
Khaled et moi avons également eu un désaccord au sujet de la conduite a tenir vis-à-vis des femmes que nous aimons. C’est précisément ce dont je voulais te parler, le point sur lequel je voudrais que nous ayons tous les deux une vraie discussion. Khaled pense que nous devons vous laisser la liberté de décider de ce que vous voulez faire : nous attendre ou mener librement votre existence, sachant que c’est vous qui êtes chaque jour mises à l’épreuve, écartelées entre l’envie de nous rester fidèles, malgré notre absence, et celle de répondre aux appels de la vie, aux injonctions de votre corps et de votre féminité…
La raison voudrait que je partage cet avis, mais j’ai peur. Le simple fait de penser que tu puisses me laisser m’emplit d’effroi. Je sais combien il doit être insupportable pour toi de vivre depuis onze ans dans l’attente, loin d’un homme qui, au fond, n’a pas plus de réalité qu’un mirage …
L’attente ! Je sais combien tu déteste ce mot, comme je sais que nous n’y pouvons pas grand-chose, comme je sais aussi que je t’aime, bien au-delà de ma liberté
[… ]
Ton bien-aimé
Prison de Sednaya
1998
Rosa Yassin Hassan, Les gardiens de l’air, Actes Sud, 2014
جزء من رسالة : … لكن الزمن يمرّ هنا كغمامة، غمامة ثقيلة ضبابية كثيفة وكتيمة اللون، أشعر بأني مجبر على الدوران فيها وهي تغلّفني. والزمن المتغير خارجاً، المتبدل والديناميكي، الفاعل بمعنى ما، يقابله هنا زمن ثابت واقف. أنا هنا خارج الفاعلية حبيبتي، مجبر على التجمّد في زمن ستاتيكي لا يتطور، كمن وضع في كبسولات التجمد وبعث إلى الفضاء. بالمقابل أدفع الضرائب التي عليّ : شعري غدا أبيض في معضمه، وأحسّ بعيء سنواتي الاثنتين والأربعين على جسدي الذي ينوء بها. السنوات تمر على روحي وجسدي كما تمر عليك خارجا، بل إنها أثقل وأكثر جفاء. البعض هنا يعدّون السنوات المتراكمة لا غير، يشطبونها من الروزنامة، يرفضون بحال من الأحوال أن يعتبروها من ضمن أعمارهم، يرفضون التعليش معها، والتعايش مع ما قُسروا عليه، أي السجن. ربما كان هذا نوعاً من الاحتجاج . . ربما. لكني أشعر بأني مجبر على التعايش وإلا خسرت هذا من عمري. أحاول اعتبار هذا الزمن/ تحت الأرضي فسحة لإعادة تدوين حياتي، أو مجرد محاولات لتطويع ستاتيكية زمن سجني، وجعله ديناميكياً نوعاً ما. ربما بالقراءة أو بالكتابة أو بتعلم اللغات أو … بالحلم. الحلم يملأ فراغات روحي . . الحلم بحياة قادمة أبنيها وردية ندية تشبهك !! اختلفنا أنا وخالد أيضاً في ما ينبغي فعله مع الحبيبة أو الزوجة. هذا الجزء بالذات أريد أن أحدثك عنه، أرغب أن نتناقش به حقيقة. خالد قال يجب أن نجعل القرار لها في البقاء أو الذهاب، يعني في الانتظار أو الحرية، وهي تتعرض كل يوم لاختيار بين وفائها لرجل غائب وقوة الحياة ورغبات جسدها الأنثوي. . تعرفين حبيبتي أقتنع بالمسألة وأخاف. أرتعب حين أفكر أو أتخيل أنك ستذهبين، على الرغم من أني أعرف كم هو أمر حقير ومهين أن تكوني، ومنذ إحدى عشرة سنة وإلى اليوم، بانتظار رجل بعيد، مجرد سراب يحيل حياتك إلى وهم. . وهم فحسب. الانتظار !! أعرف كم تكرهين هذه الكلمة، وأعرف أن ما باليد حيلة، وأعرف أيضاً أني أحبك حدّ العبادة. حبيبك
سجن صيدنايا
١٩٩٨
روزا ياسين حسن، حرّاس الهواء، دار الكوكب، ٢٠٠٩