س
Saïd Benjelloun
Calligraphie • Poésie • Traduction

Rechercher dans l'œuvre & les expositions

Saisissez un mot-clé pour parcourir les poèmes, calligraphies, expositions et publications.

24 décembre 2020 Année 2020

Reconfinement jour 56 (jeudi 24 décembre 2020) — Khaled Al-Khamissi

Reconfinement jour 56 (jeudi 24 décembre 2020)

Une rencontre, un écrit ..

Toulouse, 2009
Khaled Al-Khamissi
Egypte1962-


Marathon des mots 2009, Salle Georges Brassens à Aucamville.
Khaled Al-Khamissi est un écrivain, producteur et réalisateur égyptien. Il vit actuellement au Caire, où il travaille comme journaliste. Il est l’auteur de deux romans, traduits dans dix langues :
Taxi*, (trad. de l’arabe par Moïna Fauchier Delavigne et Hussein Emara), Arles, Actes Sud, 2009*
L’Arche de Noé,* (trad. de l’arabe par Soheir Fahmi et Sarah Siligaris), Arles, Actes Sud, 2012*
Il est depuis 2015 directeur général de la Bibliothèque publique du Grand Caire (Greater Cairo Library), à Zamalek.

ــــ On se demande pourquoi l’économie est foutue ! s’est exclamé le taxi. Ce sont les gens qui la foutent en l’air. Vous y croyez, vous ? En Egypte, les gens paient plus de vingt milliards de livres chaque année en factures de téléphone. Vingt milliards de livres, ça veut dire que, si on ne parlait pas pendant deux ou trois ans, l’Egypte serait transformée. Les Égyptiens
sont tarés, je vous jure. Ils n’ont pas de quoi manger mais chacun se balade avec son téléphone portable et une cigarette à la bouche.
Les hommes sont censés être raisonnables mais ils dilapident tout leur argent dans le téléphone et les cigarettes. Quels fléaux ! Et après, ils vont se plaindre que le pays ne va pas bien.
L’argent de tous les Égyptiens atterrit dans les poches de quatre sociétés : Egypt Telecom, Mobinil, Vodafone et Eastern Tobacco Company.
Et les pubs, malheur à elles, elles abrutissent les gens : “Abonnez-vous à Mobinil . . Non . . Abonnez-vous à Vodafone,“Le monde est fou. Il faut absolument interdire cespubs, Nous vivons dans un univers de mensonges, ouvert jour et nuit. Tu marches dans la rue, tu vois des pubs, tu allumes la radio . . des pubs . . tu rentres à la maison, ;a télé est allumée . . des pubs. Et elles sont toutes vulgaires et mensongères.
Les gens sont comme des animaux, à gober les pubs et à jeter l’argent par les fenêtres. Ensuite ils nous disent qu’il n’y a pas d’argent dans ce pays. Comment ça, pas d’argent ? Et les milliards dépensés en paroles, ils viennent d’où ?
Vous pensez pas qu’il vaudrait mieux que cet argent serve d’abord à la nourriture, au logement, à l’éducation et à la santé ? Mais à qui on peut dire ça ?! Si notre Premier ministre est le patron des téléphones, c’est lui qui est à la tête des bavardages.
Mais, sincèrement, le problème ne vient pas du gouvernement, le problème vient de la bêtise des gens, qui gaspillent leur argent en bavardages et en tabac et en bavardages.
Moi, si on me donnait les rênes de ce pays un seul jour, non, une seule minute, la seule décision que je prendrais serait d’interdire les pubs.
Avant, de mon temps, les pubs étaient au service de la société. Et il n’y en avait quasiment pas. Alors qu’aujourd’hui, les pubs sont faites pour détruire la société. Et elles vont effectivement la détruire et s’asseoir sur ses ruines. Vous pourrez dire qu’Abou Ismaïl vous avait prévenu.
Khaled Al Khamissi, Taxi, Actes Sud, 2009

السائق : وبيسألوا الاقتصاد بايظ من إيه ؟؟
بايظ من الناس . . تصدق بلد زي مصر . . شعبنا بيدفع أكتر من عشرين مليار جنيه في السنة على التليفونات . . عشرين مليار جنيه، يعني لو متكلمناش سنتين ولا تلاتة، مصر ح تختلف ؟ شعب مهووس والله . . مش لاقي ياكل وكل واحد ماشي معاه موبايل وفي بقة سيجارة . . رجالة المفروض عندها مخاخ وبتدفع كل فلوسها على المصيبتين دول التليفونات والسجاير، وفي الآخر يقولوا أصل البلد حالتها مش ولا بد. كل فلوس الناس بتروح في جيب أربع شركات . . الاتصالات وموبينيل وفودافون وشركة الشرقية للدخان. والإعلانات الله يخرب بيتها عمالة تضغط على الناس اشتركوا في موبينيل، لا اشتركوا في فودافون . . عالم مجنون . . الاعلانات دي لازم تتمنع . . عالم أكاذيب ومفتوح علينا طول النهار وطول الليل . . ماشي في الشارع شايف إعلانات . . تفتح الراديو إعلانات . . تروح البيت تلاقي التليفزيون مفتوح . . وكلها سفالة وكدب . . والناس عاملة زي المواشي ماشية وراء إعلانات وعمالة تُكع فلوس وفي الآخر يقولوا لنا البلد ما فيهاش فلوس. إزاي يعني ؟ أمال المليارات اللي بتتصرف على كلام في الهواء جاية منين ؟ مش الفلوس دي أولى تروح على الأكل وعلى السكن وعلى التعليم وعلى الصحة . . بس تقول لمين . . إذا كان رئيس الوزارة بتاعنا هو رئيس التليفونات . . يعني بتاع الكلام في الهوا . . بس بصراحة المشكلة مش في الحكومة، المصيبة في عَبَط الناس اللي عمالة تِفرْتك فلوسها على الهواء والدخان. أنا لو مسّكوني البلد دي يوم واحد، لأ دقيقة واحدة . . القرار الوحيد اللي ح أطلعه هو منع الاعلانات. زمان على أيامنا كانت الإعلانات لخدمة المجتمع همه كام إعلان، وكان الله بالسر عليم، إنما دلوقتي الإعلانات لخراب المجتمع وحتخربها وتقعد على تلها. وابقى قول أبو إسماعيل قال لي. خالد الخميسي، تاكسي، حواديت المشاوير، دار الشروق، ٢٠٠٦