س
Saïd Benjelloun
Calligraphie • Poésie • Traduction

Rechercher dans l'œuvre & les expositions

Saisissez un mot-clé pour parcourir les poèmes, calligraphies, expositions et publications.

27 décembre 2020 Année 2020

Reconfinement jour 59 (dimanche 27 décembre 2020) — Joumana Haddad

Reconfinement jour 59 (dimanche 27 décembre 2020)

Une rencontre, un écrit ..

Toulouse, 2011
Joumana Haddad
Liban1970-


Marathon des Mots, forum de la Librairie La Renaissance, Toulouse le 25 juin 2011. Trois femmes pour parler de leurs combats : Hélé Béji de Tunisie, Joumana Haddad et Hyam Yared du Liban (cf. jour 47).
Joumana Haddad est une écrivaine, journaliste et militante pour les droits des femmes.
Responsable des pages culturelles du quotidien libanais An-Nahar de 1997 à 2017, elle a enseigné l’écriture créative et la poésie arabe moderne à l’université libano-américaine de Beyrouth entre 2012 et 2016 ; elle est par ailleurs la rédactrice en chef de Jasad, une revue en langue arabe spécialisée dans la littérature et les arts du corps.
Publications :
Le Temps d’un rêve, original en français, Poésie, 1995
Le Retour de Lilith, traduit par Antoine Jockey, Paris, éditions L’Inventaire, 2007 ; nouvelle édition 2011, Actes Sud, Paris
Miroirs des passantes dans le songe, traduit par Antoine Jockey, Paris, éditions Al Dante, 2010.
J’ai tué Shéhérazade. Confessions d’une femme arabe en colère, traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut, Arles, Actes Sud, 2010
Les amants ne devraient porter que des mocassins, original en français, littérature érotique, 2010, Ed HumuS
Superman est arabe, traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut, Arles, Actes Sud, 2013
Le Troisième Sexe, traduit par Arnaud Bihel, Beyrouth, Hachette Antoine, 2016
Le Livre des reines, traduit de l’anglais par Arnaud Bihel, éditions Jacqueline Chambon, 2019

Dear Westerner,
Allow me to warn you right from the start: I am not known for making lives any easier. So if you are looking here for truths you think you already know, and for proofs you believe you already have; if you are longing to be comforted in your Orientalist views, or reassured in your anti-Arab prejudices; if you are expecting to hear the never-ending lullaby of the clash of civilisations, you’d better not go any further. For in this book, I will try to do everything that I can to ‘disappoint’ you. I will attempt to disillusion you, disenchant you, and deprive you of your chimeras and ready-to-wear opinions. How? Well, simply by telling you that:
Although I’m a so-called ‘Arab woman’, I, and many other women like me, wear whatever we like to wear, go wherever we wish to go, and say whatever we want to say;
Although I’m a so-called ‘Arab woman’, I, and many other women like me, are not veiled, subdued, illiterate, oppressed, and certainly not submissive;
Although I’m a so-called ‘Arab woman’, no man forbids me, or many other women like me, from driving a car, a motorcycle, a six-wheeler (or a plane, for that matter!);
Although I’m a so-called ‘Arab woman’, I, and many other women like me, attained high levels of education, have a very active professional life, and an income higher than that of many Arab (and Western) men we know;
Although I’m a so-called ‘Arab woman’, I, and many other women like me, do not live in a tent, do not ride camels, and do not know how to belly dance (don’t feel offended if you belong to the ‘enlightened camp’: some still have this image of us, despite the open globalised world of the twenty-first century);
And, last but not least, although I’m a so-called ‘Arab woman’, I, and many other women like me, look a lot like … YOU!
Joumana Haddad,I Killed Scheherazade, Confessions of an angry arab woman, 2010, Saqi Books, Londres

Cher Occidental,
Laissez-moi vous prévenir dès le départ : je ne suis pas particulièrement connue pour rendre la vie facile aux autres. Si vous abordez donc ces pages en quête de vérités que vous croyez déjà connaître, de preuves que vous pensez déjà avoir; si vous espérez être conforté dans votre vision orientaliste, ou rassuré quant à vos préjugés anti-arabes; si vous vous attendez à entendre l’incessante berceuse du conflit des civilisations, mieux vaut ne pas poursuivre. Car je ferai dans ce livre tout ce qui est en mon pouvoir pour vous “décevoir”. Je m’efforcerai de détruire vos illusions, de vous désenchanter, de vous priver d’une part essentielle de vos chimères et de vos opinions prêtes à [porter. Comment ? Tout simplement en vous disant ceci :
Bien que je sois une soi-disant “femme arabe”, moi et beaucoup de mes semblables portons les vêtements de notre choix, allons où bon nous semble et disons ce qu’il nous plaît.
Bien que je sois une soi-disant “femme arabe”, moi et beaucoup de mes semblables
ne sommes pas voilées, effacées, illettrées, opprimées, et certainement pas soumises.
Bien que je sois une soi-disant “femme arabe”, nul homme ne m’interdit, ni à moi ni à beaucoup de mes semblables, de conduire une voiture, une moto, un semi-remorque (ni un avion à y penser !).
Bien que je sois une soi-disant “femme arabe”, moi et beaucoup de mes semblables
avons reçu une éducation très poussée, menons une vie professionnelle très active, et jouissons de revenus bien plus élevés que ceux de plus d’un arabe (ou d’un Occidental) parmi nos connaissances.
Bien que je sois une soi-disant “femme arabe”, moi et beaucoup de mes semblables
ne vivons pas sous une tente, ne montons pas à dos de chameau, et ne savons pas faire la danse du ventre (ne vous offusquez pas si vous appartenez au “camp éclairé”: cette image de nous perdure, jusque dans le monde globalisé du XXIe siècle)
Enfin, et le point est d’importance, bien que je sois une soi-disant “femme arabe”, moi et mes semblables ressemblons beaucoup à … VOUS !
Joumana Haddad, **J’ai tué Schéhérazade,**Confessions d’une femme arabe en colère, traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut, Arles, Actes Sud, Paris, 2010