Reconfinement jour 62 (mercredi 30 décembre 2020) — Abdelaziz Kacem
Reconfinement jour 62 (mercredi* 30 décembre 2020)*
Une rencontre, un écrit ..

Toulouse, 2015
Abdelaziz Kacem
Tunisie
1933-
Section d’arabe de l’université Jean-Jaurès, Toulouse 2.
Universitaire, poète et essayiste tunisien, Abdelaziz Kacem est l’auteur de plusieurs recueils de poésie et d’essais en arabe et en français :
حصاد الشمس* (La moisson du soleil), poésie, Ed. Ben Abdallah, Tunis, 1975*
نوبة حب في عصر الكراهية* (Accès d’amour au temps de la haine), poésie, M.A.L., Tunis, 1991 (Prix Ibn Zaydûn de l’Institut Hispano-arabe de Culture, Madrid)*
L’hiver des brûlures* poésie, Cérès Editions, Tunis, 1994*
Culture arabe/culture française : la parenté reniée*, l’Harmattan, 2002*
Le voile est-il islamique ?* ou Le corps des femmes, enjeu de pouvoir, essai, Chèvre-Feuille Etoilée, Montpellier, 2004).*
Al-Andalus vestiges d’une utopie*, Riveneuve éditions, Paris, 2013*
Zajals*, Riveneuve éditions, Paris, 2013*
La Médaille de vermeil du rayonnement de la langue et de la littérature françaises lui a été décernée par l’Académie Française en 1998. Il est président d’honneur de la Maison Internationale de la Poésie Arthur Haulot (MIPAH) à Bruxelles


Avant-dire (extrait)
Vraisemblablement inventé par un poète aveugle, Muqaddam Ibn Mu`âfâ de Coimbra (m. 912), le nouveau poème [par rapport au poème arabe classique, qasida, long, monorime et scrupuleusement construit sur l’un des seize mètres établis], est appelé *muwashshah,*de wishâh(collier, cordon, écharpe, ornement pour femmes enrichi de deux séries de pierreries disposées “en sens opposé, l’une d’elles retournée ver l’autre”). Consacré essentiellement à la passion amoureuse, mais aussi au panégyrique, le muwashshah dont l’agencement des rimes rappelle ledit ornement, est conçu comme une riche parure pour la femme aimée ou la personne glorifiée. Composé en arabe régulier avec une *kharja,*vers finaux en arabe hispanique mêlé de castillan, le muwashshah a donné naissance à un avatar appelé *zajal (*ou *zadjal,littéralement haut chant). C’est le zajal , qui, selon les orientalistes , a influencé la poésie naissante des troubadours.
Aimance
VI
Un brin de quérulence
Dernier sursaut vindicatif
Ah sous les traits de quelle aimée de quelle absence
Tu me viens dorloter dans ce lit palliatif
Aux automnes blasés que plus rien n’ensemence
Pas même un feu follet rallumé dans l’urgence
Parmi les senteurs tues rode un rêve olfactif
Dans la salle habitée par sa seule crédense
Le coeur en houle est si pluvieux qu’aucun esquif
Ne saurait sans péril accoster son récif
VII
Quelque chose sanglote
Dans ce rire et le contredit
Ton nom parcourtmes sens il sent la bergamote
Royal arôme et baume au coeur m’avais-tu dit
Il fait si chaud pourquoi faut-il que j’en grelotte
Werther a-t-il frmi aurant pour sa charlotte
J’ai tardé à l’aveu tu m’avais interdit
D’insérer au concert des amants une note
Qui ne soit le hoquet d’un désir inédit
Mais le verbe est inapte il se fait érudit
Abdelaziz Kacem, Zajals*,*Riveneuve éditions, 2013