Reconfinement jour 52 (dimanche 20 décembre 2020) — Djamila Ribeiro
Reconfinement jour 52 (dimanche 20 décembre 2020)
Une rencontre, un écrit ..

Toulouse 2019,
Djamila Ribeiro
Brésil1980-
Invitée par Université Jean Jaurès Toulouse 2, en 2019 et accompagnée de sa traductrice et éditrice, Paula Anacaona.
Djamila Ribeiro est chercheuse en philosophie politique et militante féministe. En mai 2016, elle est nommée secrétaire adjointe pour les droits de l’homme et de la citoyenneté à São Paulo lors de l’administration du maire Fernando Haddad.
Elle est considérée comme l’une des plus grandes références du féminisme noir et l’une des principales journalistes noires du Brésil.
Elle a publié :
Chroniques sur le féminisme noir, Anacaona éditions, mai 2019
La place de la parole noire, Anacaona éditions, mai 2019
*Pequeno manual antirracista, (Petit manuel antiraciste et féministe),*Anacaona éditions, mai 2019

Enfant, j’ai appris que la population noire avait été esclave. Point. Comme s’il n’avait pas existé de vie antérieure dans les régions d’où ces personnes avaient été déportées de force. On me disait que la population noire était passive et qu’elle avait accepté l’esclavage sans résistance. On me racontait également que la princesse Isabel* avait été la grande salvatrice des Noirs. Mais, pour reprendre les mots de Walter Benjamin, cette histoire était celle racontée selon le point de vue des vainqueurs. On ne m’a pas raconté que le quilombo** de Palmares, caché dans les montagnes de la Barriga, dans l’actuel État d’Alagoas, a existé pendant plus d’un siècle , et que de nombreux soulèvements ont été organisés comme forme de résistance à l’esclavage, comme la révolte des Malês ou la révolte de la Chibata. Avec le temps, j’ai compris que la population noire avait été esclavagisée – et non esclave, un mot qui laisserait entendre que ce serait une condition naturelle, occultant le fait que ce groupe avait été placé dans cette position-là par l’action d’un autre groupe**.
Si pour moi, qui suis fille d’un militant du mouvement Noir et qui ai toujours débattu de ces questions à la maison, percevoir ces nuances est encore complexe et dynamique, alors pour ceux qui ont peu ou pas réfléchi sur ce thème, je peux comprendre que cela constitue encore plus un défi. Ce processus implique une révision critique profonde de notre perception de nous-mêmes et du monde. Il implique de percevoir que même ceux qui cherchent activement à avoir une conscience raciale ont déjà probablement fait subir des violences à des groupes opprimés.
Djamila Ribeiro, *Petit manuel antiraciste et féministe,*traduit du brésilien par
Paula Anacaona, Anacaona éditions, mai 2019
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- Princesse Isabel (1846-1921), fille de l’empereur Dom Pedro II du Brésil. Elle signera la Loi du 13 mai 1888 ou loi Áurea, qui mettra officiellement fin à l´esclavage au Brésil. (N.d.T.)
- *Camp d’anciens esclavagisés fugitifs. (N.d.T.)